Une extension, une véranda accolée à la maison, ou simplement deux pans de toit qui ne sont jamais tombés d’accord sur leur hauteur. Dès qu’il y a deux toitures côte à côte, il y a une jonction entre 2 toitures à rendre étanche, et c’est justement l’endroit où l’eau s’infiltre le plus souvent chez les voisins qui m’en parlent.
La réponse courte
Une jonction entre deux toitures se traite avec un solin métallique ou une membrane auto-adhésive, posée du point bas vers le point haut pour que chaque recouvrement chasse l’eau vers le bas. Le point qui fait vraiment la différence : laisser de la place pour la dilatation thermique, sinon le joint fissure en deux ou trois hivers et la fuite revient exactement là où vous l’aviez traitée.
Deux cas de figure, deux façons de traiter la jonction
Tout dépend de la géométrie. Si les deux toitures se rejoignent en formant un chéneau (une sorte de gouttière encaissée entre les deux pentes), l’enjeu principal est l’évacuation de l’eau, qui doit pouvoir s’écouler sans jamais stagner. Si une toiture vient simplement se coller contre un mur ou une toiture plus haute, sans chéneau, c’est un travail de solin classique, plus proche de ce qu’on fait autour d’une cheminée.
Une erreur vue plusieurs fois sur des forums de bricoleurs : des tuiles qui ne s’engagent que sur 3 à 4 cm à la jonction, contre 15 à 20 cm pour les autres. Ce recouvrement trop court laisse passer l’eau par capillarité dès la première grosse averse, bien avant que le mastic ne cède.
Le matériel qu’il vous faut
- Membrane d’étanchéité auto-adhésive ou bitumineuse, à dérouler sur la jonction.
- Bande de solin en zinc ou en aluminium, plus durable que le plomb bon marché qu’on trouve parfois.
- Mastic polymère de qualité, pas le premier tube à 3 € du rayon, pour les finitions sur les bords.
- Primaire d’accrochage, utile sur un support poussiéreux ou friable.
- Cutter, pistolet à mastic, cisaille à tôle, et les équipements de sécurité habituels (gants, lunettes, harnais si la pente le demande).
La méthode, étape par étape
1. Mesurer et nettoyer la jonction
Dépoussiérez et dégraissez toute la zone où va se poser la membrane. Un support sale, ça veut dire une adhérence qui ne tient pas la deuxième saison.
2. Appliquer un primaire sur les surfaces difficiles
Sur du vieux zinc oxydé ou une tuile très poreuse, le primaire d’accrochage fait une vraie différence sur la durée. Sur un support récent et propre, vous pouvez sauter cette étape.
3. Poser la membrane du bas vers le haut
Toujours dans ce sens, jamais l’inverse : chaque bande doit chevaucher la précédente comme des écailles, pour que l’eau ruisselle par-dessus et non en dessous.
4. Marouflage
Passez une spatule ou un rouleau sur toute la surface collée pour chasser les bulles d’air. Une bulle oubliée aujourd’hui devient une poche d’eau stagnante l’hiver prochain.
5. Poser les solins
Les bandes de solin viennent recouvrir les bords de la membrane et se glissent sous les tuiles ou la tôle du dessus, avec un recouvrement d’au moins 15 cm. C’est justement là que le recouvrement trop court fait tout rater.
6. Finir au mastic et fixer
Appliquez le mastic sur les bords et les points de fixation, sans en mettre partout. Un cordon trop épais craquelle plus vite qu’un filet fin et régulier.
7. Contrôler avant de tout refermer
Un arrosage au tuyau, en partant du point haut, permet de vérifier que rien ne stagne et que l’eau suit bien le chemin prévu avant de considérer le chantier terminé.
Attention
Ne négligez jamais la dilatation thermique sur une jonction entre deux matériaux différents (zinc et tuile, par exemple). Un joint posé bien rigide, sans aucune marge de mouvement, finit toujours par fissurer au bout de deux ou trois cycles chaud-froid. Prévoyez un joint souple, pas une soudure parfaitement figée.
Les erreurs qui reviennent tout le temps
- Se fier à un mastic ancien, déjà sec et fissuré, plutôt que de refaire la jonction en entier.
- Sous-estimer les quantités de membrane, et finir le chantier avec un bout de bâche de fortune posé en attendant.
- Choisir un mastic bon marché qui durcit et se décolle en une saison, là où un produit de qualité tient des années.
- Travailler sous la pluie ou par grand vent : la membrane n’adhère jamais correctement dans ces conditions.
Si la toiture présente aussi de la mousse autour de la jonction, mieux vaut la traiter avant de poser une nouvelle membrane : j’ai détaillé la méthode complète dans l’article sur la mousse sur la toiture. Et si une fuite se manifeste plutôt côté ventilation que côté toiture, direction l’article sur la VMC qui fuit quand il pleut, un autre grand classique du diagnostic qui traîne.
Entretenir la jonction une fois posée
Un contrôle visuel une fois par an, de préférence à l’automne avant les grosses pluies, suffit largement. Regardez l’état du mastic, les décollements éventuels sur les bords de la membrane, et la présence de mousse qui retient l’humidité contre le matériau. Une jonction bien posée se contrôle en cinq minutes et tient en général plus de dix ans sans intervention.
Questions fréquentes
Faut-il un couvreur, ou peut-on faire cette jonction soi-même ?
Sur une pente douce et accessible, un bricoleur prudent avec un harnais s’en sort bien. Sur une pente forte, en hauteur, ou avec une charpente complexe, le couvreur reste le choix le plus sûr, le risque de chute pèse plus lourd que l’économie réalisée.
Quelle est la durée de vie d’une jonction bien faite ?
Avec une membrane durable et un solin en zinc, comptez entre 15 et 25 ans avant de devoir tout refaire. Le mastic de finition, lui, demande souvent un rafraîchissement partiel au bout de 5 à 8 ans.
Peut-on réparer une jonction qui fuit sans tout démonter ?
Si la fuite vient juste d’un mastic fissuré, un grattage suivi d’une nouvelle application suffit. Si elle vient d’un recouvrement de tuiles trop court ou d’une membrane déchirée, il faut rouvrir la jonction, sinon le traitement de surface ne tient que quelques mois.
Entre deux toitures, c’est souvent ce petit bout de quelques dizaines de centimètres qui décide si votre toit reste sec ou pas. Prenez le temps de bien recouvrir, de laisser respirer la dilatation, et cette jonction vous oubliera pendant longtemps.

